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lundi 25 août 2014

"On se construit avec, contre ou malgré sa famille"

Notre famille influence notre vie de manière déterminante
L'idée que la famille influence notre vie de manière déterminante ne constitue pas une grande nouvelle. La famille est la plus puissante structure relationnelle à laquelle l'être humain est lié. En Occident, ce lien est plus ou moins intense pendant 18 ans.  Dans notre monde occidental, cette relation, pourtant si naturelle, semble la plus difficile.

Témoignage de Katia
Mon père et ma mère se sont séparés quand j’avais 4 ans. Je me souviens que mon père est devenu un peu fou, c’est-à-dire qu’il a utilisé la violence à l’endroit de ma mère qui n’en menait pas large. Ma mère nous a élevé seule pendant presque 6 ans avant de se remarier. Nous voyions notre père toutes les deux fins de semaine.
Après un temps, mon père s’est mis en ménage avec une femme qui avait aussi deux enfants. Au début, c’était bien. La femme était gentille avec nous mais quand son fils s’est mis à avoir des problèmes de comportement-il mentait, volait, faisait des crises-notre père s’est plus ou moins détourné de nous. L’affaire, c’est que cet enfant mobilisait toute l’attention et que nous soyons là ou pas, notre père ne se souciait plus de nous. Quand sa blonde est tombée enceinte de notre petite soeur, ça n’a fait qu’empirer.
Il n’est pas un mauvais père, il est un père absent, donc, pas un bon père non plus. Quand il s’occupait de nous, c’était seulement pour nous attribuer des tâches. À 15 ans, j’ai vécu une peine d’amour; jamais il ne s’est informé, mais quand il l’a su, il m’a dit que ça me passerait et que je trouverais un autre mec bien assez tôt. Je trouve son indifférence ordinaire.
Son attitude a beaucoup affecté mon frère. Il s’est senti ignoré et il trouvait que notre père avait changé de camp : à son avis, il aimait plus les enfants de sa blonde que  nous. Vers l’âge d 15-16 ans, nous avons essayé de lui en parler mais il a tout rejeté en bloc. Il a dit que notre mère nous avait monté contre lui.  Cela m’a tellement fâché que je ne voulais plus le revoir. J’avais du ménage à faire dans mes émotions parce qu’elles m’empêchaient de voir si mes réactions étaient justifiées ou pas, aussi dans mes autres relations importantes.
Ma honte de moi, mon incapacité de voir vraiment ce qui se passait avec mon chum me faisait sentir coupable, mais je me sentais paralysée. J’ai parlé à ma mère des flashbacks que j’avais du temps de la séparation de mon père et ma mère. Elle a suggéré que je fasse une démarche quand elle a su que mon nouveau chum me faisait des vacheries. Elle trouvait que je n’avais pas beaucoup d’estime de moi d’accepter ces comportements.  C’est vrai que je me sentais moins que rien.
Par le temps que j’ai commencé ma démarche, il m’avait déjà trompé deux fois et il me traitait de niaiseuse devant ses amis. Je savais que ce n’était pas sain, mais j’ai continué avec lui me disant qu’à force de me connaître, il se calmerait et qu’il finirait par considérer l’exclusivité sexuelle comme moi. Ma mère m’a aidé, j’ai accepté de faire la démarche pour parvenir à me séparer de lui.
Mon plan d’intervention que j’ai rédigé avec Lorraine incluait une période d’observation dans ma relation : j’ai observé les propos de S. à mon égard, ses demandes, ses exigences et les attentes que j’avais à son égard. Ça m’a vraiment donné des outils pour prendre ma décision de le laisser.
Ça fait maintenant plusieurs mois que j’ai terminé la relation avec l’ex-chum, et même si je cherche présentement un nouvel ami, je sais que je devrai être vigilante.
Par contre, j’ai une nouvelle compréhension de  notre vie avec notre père. Je ne suis plus toute mêlée et ça me permet de me rendre plus compte des bons coups de mon père à qui je n’ai pas fini de pardonner. J’espère un jour pouvoir lui dire combien j’aurais voulu être proche de lui, je l’aime mais j’ai encore mal de son attitude. Je me fais confiance davantage. Je n’ai pas tout réglé mais je prends de l’assurance dans mes décisions qui ont affaire avec mon cœur. C’est un pas énorme pour moi.
Dans ma démarche, mes réactions avaient un sens, même si je ne les comprenais pas toujours auparavant. Elles nourrissaient un besoin vital profond. Je fais maintenant la distinction entre ce que ma réaction m’a permis d’obtenir et ce que je voulais obtenir. J'identifie mieux mes besoins.

La famille apprend à l’enfant ses normes et ses valeurs
Même quand on observe une plus grande autonomisation de l’individu en lien avec la structure familiale dans notre société, le choix du conjoint, de ses conditions de vie, les croyances restent déterminées par les expériences au sein du couple papa-maman. La raison étant que la famille apprend à l’enfant les normes et les valeurs de sa collectivité. C’est une forme d’héritage offerte sans pour autant y mettre des mots; elle fait partie de la socialisation. C’est un processus qui se poursuit aussi à travers toute la scolarisation de l’enfant.

Le système familial est fondamental
Quoique ce processus soit interactif, la force du système familial est la plus fondamentale et le système familial continue d’influencer toutes nos relations et comment nous les filtrons. Serait-ce donc une illusion de penser que nous avons la maîtrise de nos vies? Même quand on fait sa vie loin de la famille, elle demeure présente en nous.

Le choix d'un conjoint n'est pas complètement "individuel"
Bien sûr, c'est par attirance que deux jeunes individus décident de de former un couple, mais le choix d'un conjoint dans notre société moderne n'est pas complètement "individuel". En apparence libre, le choix est souvent déterminé par des perspectives inconscientes qui échappent à l'individu.

Un modèle parental autoritaire non fondé sur « la démocratie familiale
Dans le cas présent, le modèle parental auquel Katia fait référence dans son témoignage est un modèle parental autoritaire qui ne semble pas fondé sur « la démocratie familiale. Le stress vécu lors de la séparation alors qu’elle n’avait que 4 ans a figé un comportement d’hébétude et de soumission, un peu comme si sa réaction naturelle était de n’en avoir aucune et de tout accepter par amour. Le récit de vie de Katia était empreint de culpabilité.

Les troubles émotionnels influencés par une relation familiale conflictuelle 
Selon plusieurs experts en santé mentale, les maux physiques, occasionnels ou chroniques, aussi bien que les troubles émotionnels peuvent provenir d'une relation conflictuelle au sein de la famille. Nous sommes tous et toutes parties prenantes de dynamiques familiales profondes et inconscientes qui se manifestent de différentes façons. Une même dynamique peut induire différents malaises de stress chez les membres d'une même famille. Ainsi, un membre sentira ses entrailles se tordre alors que l'autre éprouvera une crise d'eczéma suite à une réunion familiale.

Message de Lorraine Loranger
Dans une société qui confond vitesse et résultats, ceux qui apprennent à ralentir vivent mieux le présent dans toute sa capacité. Ma pratique propose plusieurs ateliers pour la gestion de stress: apprivoiser le récit de vie, la communication non-verbale et prochainement la relaxation sensorielle avec 16 thèmes différents sont parmi les plus utiles. Des conférences sur la gestion de stress sont disponibles sur demande.

Commencez chaque journée comme étant une nouvelle journée, trouvez votre destinée, croyez en qui vous êtes et en qui vous voulez devenir.

Créez la vie que vous désirez. Commencez votre trajet avec une démarche puissante en possibilités...celle d’une nouvelle vie…la vie que vous voulez…retrouvez votre pouvoir  pour prendre en charge votre destinée.

Merci de soutenir la mission éducative de Lorraine Loranger en transférant ce communiqué à vos contacts.

vendredi 25 juillet 2014

L’éclosion du mental humain a lieu bien avant la naissance

L’éclosion du mental humain a lieu avant la naissance
Le nouveau-né est considéré un visiteur que l’on croit fraîchement émoulu dans son nouvel univers. Or, l’expérience vécue par le foetus permet de comprendre comment se forme le mental humain. Des personnes ont revécu leur naissance et certains aspects de leur vie in utéro. On a pu conclure dès lors que le « nouveau-né est à la naissance un organisme déjà capable de percevoir ».  Capable d’apprendre, de réagir, de se souvenir, ses capacités sont tellement aiguisées à la naissance que sa qualité de vie intra-utérine influence déjà sa vie future.

Les traces de la relation intra-utérine déjà établie avec sa mère
Le fœtus ayant déjà fait l’expérience de contentement (quand la mère vit une grossesse paisible) ou de tourment (par exemple, quand la mère est en deuil d’un autre enfant), l’enfant portera les traces de la relation intra-utérine déjà établie avec sa mère. Ce lien avec sa mère se développe lors de tous les stades de développement.

Les risques de malaises minent sa confiance en la vie
Ce lien sera renforcé ou évoquera des réactions d’anxiété ou d’angoisse. L’alcool, la drogue, l’inquiétude, la dépression augmenteront les risques de malaises minant ses possibilités futures et sa confiance en la vie. Invariablement, quand l’expérience in utero est globalement néfaste, le nouveau-né n’anticipera pas mieux du monde dans lequel il est projeté, celui-ci pouvant lui sembler hostile, voire même dangereux.

La capacité d'acquérir de l'estime de soi est compromise
Dans la petite enfance, tout enfant blessé dans son intégrité, méprisé, négligé, ignoré, humilié, rompu aux coups, aux privations dommageables, verra sa capacité, de s'épanouir, d'acquérir la confiance en soi, l'estime de soi, compromise. Or, comme le cerveau se construit entre 0 et 4 ans, il n’est pas rare qu’il garde les empreintes de ces traitements sans jamais se rendre compte que sa vie future est en péril.

Les répercussions sur l'enfant ayant subi la négligence et la violence
Les répercussions de la négligence et de la violence sont nombreuses. Logiquement, quand un enfant subit des mauvais traitements, par exemple, de la négligence, il devrait pouvoir être en colère contre celui qui le malmène. Il devrait avoir mal d'être ainsi traité. Or, l'enfant désire être aimé par son parent: il en est aussi dépendant. Dans cet état, il n'a pas d'autre choix que de supprimer sa douleur insupportable et de refouler ses sentiments. Étant donné sa dépendance, la réaction physiologique naturelle de fuite en cas de danger, lui est totalement interdite.

Les sentiments de colère refoulés sont enregistrés et emmagasinés
Dépendant, seul contre le pouvoir des adultes, il ira jusqu'en oublier le souvenir et pourra idéaliser ceux qui l’ont ignoré, bafoué, méprisé. Ainsi, plus tard, il n'aura plus aucun souvenir conscient de ce qu'on lui a fait. En parallèle, tous ses sentiments de colère, de tristesse, de détresse, d'impuissance, d'angoisse et de douleur refoulés seront durablement enregistrés.  Ce seront des stress emmagasinés. Les dépendances à l'alcool, au tabac, aux drogues, les troubles de l'alimentation, la dépression le guetteront.

Le transgénérationnel est à l’œuvre dans les relations familiales
Le transgénérationnel est fréquemment à l’œuvre dans les relations familiales. Certains, devenus parents à leur tour, se vengeront sur leur propres enfants. Sous le couvert de l'éducation, légitimée par la société, chaque occasion sera bonne pour déverser cette charge de haine et la violence marquera les liens familiaux.

L’incapacité de la figure maternelle à répondre à ses besoins
Une série d’études portant sur la transmission intergénérationnelle des patterns d’attachement ont démontré que le type d’attachement chez un parent au cours de la grossesse prédit de façon significative le pattern d’attachement de son bébé bien au-delà de l’âge de un an (Zeanah, 1996). Les résultats confirment les prévisions transgénérationnelles : l’enfant qui n’a pu bénéficier lors des premières années de sa vie d’une présence maternelle apte à favoriser l’apparition de liens d’attachement solides, (en raison de ruptures répétées ou de l’incapacité de la figure maternelle à être sensible à ses besoins, risque de devenir complètement détaché en se détournant peu à peu de la relation. Par contre, l’enfant ignoré pourra utiliser tout un stratagème pour tenter de s’attacher à son parent indifférent. Il en prendra soin, tentera d'être son consolateur, de combler ses besoins exprimés ou non pour se faire apprécier.

La répression des sentiments authentiques rend malade
La répression des sentiments authentiques rend malade. Ils sont réprimés par peur. Cette peur inconsciente ressentie par l'enfant peut l’accompagner toute sa vie s’il reste au stade du déni au lieu de la confronter.

Témoignage de Tanya :
« Longtemps, je me suis dit que je n’avais pas été battue, violée, donc, je n’avais pas le droit de me sentir aussi mal dans ma peau.
 Je n’ai pas de doute que ma mère m’aurait aimé si je n’avais débuté ma vie au moment où mon frère de deux ans s’est noyé. Malheureusement, mon père avait déjà quitté le domicile conjugal. Comme enfant de remplacement, je n’ai pas su faire ma véritable place et j’ai été déchue dans mon rôle, n’étant ni parfaite, ni mâle.
Ma mère se retrouva dans une situation quelque peu particulière, mono parentale et endeuillée. Mon mal-être a pris forme au travers de cauchemars et aux dires de ma mère de pleurs incessants jusqu’à mon entrée à l’école. Plus tard, je me suis repliée sur moi-même.
Je n’en veux pas à ma mère et je comprends que j’aie été une source de désarroi supplémentaire. Elle a réagi comme elle le pouvait. Mon revécu de l’accouchement maternel m’a laissé supposer que j’avais déjà la mort dans l’âme à ma naissance. Sans doute ais-je ressenti toute sa tristesse et je reconnais mon fond d’amertume profond qui ne m’a jamais quitté de ne pas l'avoir sentie près de moi, toute petite.
J’ai souvent eu le sentiment d’être bannie de ma famille, parce que différente. Je ne « fittais » pas dans ma famille. Petite dernière dans une famille de plusieurs beautés sans équivoque, délicate et souffre-douleur d’une famille qui me laisse peu de place, je suis sujette à beaucoup de moqueries. Je me sens laide, grosse, inadéquate et incompétente. Et puisque père et mère «m’abandonnent à mon sort », je m’abandonne aussi. Je ne me suis jamais lamenté sur mon sort, contrairement à mes sœurs qui se sont « mises en frais de trouver les meilleures façons de plaire » dès qu’elles se virent seuls avec notre mère.
Dans ma vie d'adulte, j’ai beaucoup utilisé la séduction et la sexualité pour me ramener au moment présent-Ici et MAINTENANT. Je me suis mutilée pour la même raison. Par la suite, je me suis condamnée moi-même. En m’accusant moi-même de ne pas être facile à aimer, je me protégeais doublement de la douleur.
Devenir honnête sur le plan émotionnel n’a pas été facile : reconnaître le manque d’amour et d’implication de mes parents à mon endroit me demandait d’accepter une chose que je trouvais difficile à m’admettre. L’impact a été grave, en particulier dans ma haine de moi-même. Elle a été très destructrice, parce qu’elle était refoulée et dirigée contre moi-même.
Ma démarche m’a permis de marquer une distance nécessaire entre mes parents et moi. J’ai même pu admettre que les défauts de réponse de ma mère à l’égard de mes besoins provenaient de ses propres défensesElle ne veut pas nous raconter sa vie avant nous mais je sais que je n’étais pas en cause. Sa généalogie pourrait apaiser certains démons de notre histoire familiale. Je me promets de faire une telle recherche pour éviter de léguer ces tares familiales à mes enfants. 
Toutefois, cette reconnaissance et cette compréhension m’ont grandement libérée des affects négatifs que je portais envers moi-même. Je travaille à devenir un bon parent pour moi-même. Ma session de méditation posturale corporelle m’a apaisé énormément en ce sens que j’aurais voulu tout faire parfaitement et je m’en voulais dès que je n’y arrivais pas. Je suis plus relaxe devant mes faiblesses.

L’enfant se bat pour surmonter cette épreuve
À la relecture de son témoignage, on peut deviner que cette petite a fait preuve d’ingéniosité, de courage, d’une capacité d’anticipation remarquable pour surmonter ses épreuves. Autrement dit, les conditions pénibles dans lesquelles elle a été projetée à la naissance lui ont permis de gagner en autonomie. Cet accomplissement de soi capte en lui-même l’attention tout en mettant en relief la cruauté initiale. Son récit de vie fait état des répercussions sur sa vie actuelle.

Les conséquences du climat émotif de la mère
"Une mère qui n'établit pas de contact affectif, soit parce qu'elle est déprimée, soit parce qu'elle est psychotique, soit parce qu'elle est sans désir met son enfant dans une situation de solitude absolue"

S’emparer des difficultés de la vie pour une seconde naissance
Devenir auteur de soi-même et responsable plutôt que d’accepter d’être condamnée à l’impuissance, sans moyens de réagir demande de ne pas s’apitoyer sur son sort, mais de confronter ce qui a laissé des traces sur soi.

Cette confrontation avec les faits s’avère souhaitable
De façon symbolique, cette confrontation avec les faits entourant la naissance de Tanya s’avère souhaitable et essentielle pour rompre avec les liens de dépendances infantiles. Quand les séquelles de ce malheur contaminent encore aujourd’hui les rapports dans lesquels trempent les membres de cette famille, faire face à la musique inclut de s’avouer des sentiments habituellement inavouables. Tout le corps y participe alors que ceux-ci sont exprimés d’une façon qui va bien au-delà du simple effet de style.  La remise en question par rapport à soi-même permet de faire face à ses propres vérités.

L’honnêteté émotionnelle pour faire tomber le mur du refoulement
L’honnêteté émotionnelle est capable de faire tomber le mur de refoulement et de la violence de l'abandon maternel. La douleur de ne pas avoir été aimé n'est qu'un sentiment, lequel serait moins destructeur s’il était dirigé contre la personne qui a causé cette douleur. Dirigé contre soi, le sentiment de valeur personnelle sera remis en question et l’auto-mutilation pourra en être le symptôme le plus évident, comme dans l’histoire de Tanya.  

Le "récit de vie émotionnel" pour traiter la personnalité
Traiter la personnalité pour avoir une action durable sur la conduite symptomatique requiert un doigté non-envahissant de l’intervenant lors du « récit de vie émotionnel » et la patience du client qui fait progressivement des liens importants entre son histoire familiale et sa vie contemporaine.

La continuité relationnelle restaure le sentiment de valeur personnelle
La continuité relationnelle aide à restaurer le sentiment de valeur personnelle et de réduire le sentiment de honte associé à ces conduites d’autodestruction.


(1) Grenier Louise Les violences de l'autre: faire parler les silences de son histoire, Édition Québecor, 2008.



Message de Lorraine Loranger
Dans une société qui confond vitesse et résultats, ceux qui apprennent à ralentir vivent mieux le présent dans toute sa capacité. Ma pratique propose plusieurs ateliers pour la gestion de stress: apprivoiser le récit de vie, la communication non-verbale et prochainement la relaxation sensorielle avec 16 thèmes différents sont parmi les plus utiles. Des conférences sur la gestion de stress sont disponibles sur demande.

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vendredi 13 juin 2014

Redevenir auteur de soi-même et responsable de ses choix

Un héritage vient à la naissance
Naître donne automatiquement droit à un héritage. Celui-ci comprend non seulement la couleur des yeux, mais aussi des aspects aussi intangibles que le tempérament et encore plus importants, une histoire familiale. L'héritage est quelque chose qui est légué par un autre. Dans le cas des parents qui nous font un lègue, celui-ci peut être "tangible ou intangible" et aura comme conséquence un effet durable sur notre vie.

L'héritage émotionnel de la mère 
Dans l'intangible, quand on est une fille, habituellement, on hérite un « héritage émotionnel de la mère ». Par identification,  ce sera le comportement de la mère, ses attitudes, ses croyances, ses habitudes, ses suppositions et ses réactions face aux personnes et aux événements importants de sa vie. Ceux-ci  s’enracinent au fil du temps, du moins jusqu'à ce qu'ils soient éclaircis, parlés, repensés.

Le rang dans la famille
Quand on naît dans une famille, on est aussi dans un rang à moins d’être un enfant unique. Ceci implique beaucoup plus qu’il n’y paraît. «Le rang de naissance constitue l’un des facteurs les plus importants dans le développement de la personnalité». (Marion Balla, éducatrice et thérapeute à Ottawa). Selon les experts, plusieurs facteurs peuvent entraver les effets liés au rang de naissance.

La séparation des parents est un drame pour un enfant
Par exemple, les circonstances de chaque famille influeront sur les événements qui pourraient marquer un enfant. Par essence, la séparation des parents est un drame pour tout enfant.  La continuité des soins et la stabilité de l'environnement sont souvent marquées par des conflits entre les deux parents, lesquels n’échapperont pas à l’enfant qui exprimera sa souffrance, ses besoins insatisfaits et son mal-être.

Le petit envahi d’un véritable tourment d’abandon
Submergé par sa propre souffrance et la détresse d’un deuil à faire pour lui-même, le parent laissé derrière n’arrive plus à s’intéresser à son enfant. Se sentant délaissé, le petit être qui a tellement besoin de sa présence et de son attention, se sent envahi d’un véritable tourment d’abandon. C'est un stress qu'il transporte dans son être entier. L'empreinte profonde de cet abandon, qu’il soit volontaire ou inconscient, laissera des traces de rupture ou même de décalage face à ce parent abandonnique. La dépendance affective en sera la pointe de l'iceberg.

L'enfant désespéré devient un petit être impuissant
Le départ causera une angoisse profonde qui se manifestera parfois par des pleurs, des protestations évidentes et une agitation extrême. L'enfant désespéré devient un petit être impuissant. Le sentiment d’abandon qui en découle invite à des réponses singulières: repli sur soi, perte d’appétit, dépression, pleurs, conduites d’anxiété, agressivité, automutilation.

Les répercussions du sentiment d’abandon
Mais si de surcroît, l’enfant-fille sent le désinvestissement de l’autre parent, ce sentiment d’abandon s’accompagnera de sentiments d’injustice, d’impuissance ou d’insécurité. Les répercussions iront de difficultés relationnelles, voire d'épisodes dépressifs répétés jusqu’à l’âge adulte.

La solitude caractérise le sentiment d’abandon
Cette solitude, lorsqu’elle est mal vécue, c’est-à-dire, lorsqu’elle est subit comme une injustice ou accompagnée d’une sensation de trahison, semble bien caractériser le sentiment d’abandon. Se sentir isolé peut découler d’un abandon réel dans le présent ou d’un abandon passé qui vient enduire l’actuel présent de toute la puissance des troubles qui lui sont rapprochés dans la mémoire.

Des programmes de survie seront mis en place
Occasionnellement, cela permettra de se différencier, de s’émanciper, et donc d’être une source de juste considération. Pour une autre, la problématique familiale plongera l’enfant dans l’abattement ou le désarroi. Soumission, révolte, pour persévérer malgré l’intolérable, l’enfant inventera toutes sortes de « programmes de survie » : repli anorexique, appel à la fusion, silence, insomnie, ou tendance à l’hyperactivité et à la plainte comme s’il fallait se faire comprendre à tout prix et ne pas se laisser oublier. 

La famille est supposée être source de sécurité
La vulnérabilité de l’enfant à des difficultés affectives se produit dans un environnement familial où les besoins de sécurité et d’acceptation de l’enfant ne sont pas satisfaits.

Un fonctionnement familial perturbé révèle un manque de cohésion
S’ajoute à celui-ci, un fonctionnement familial perturbé révélant un manque de cohésion, des conflits interpersonnels, des attitudes éducatives hostiles envers l’enfant, des pratiques parentales dominatrices, des critiques fréquentes, peu d’implication des pères, prédit l’augmentation et la persistance des symptômes dépressifs ou le début des troubles dépressifs chez les enfants et les adolescents.

Le sentiment d’abandon est lié à une expérience douloureuse
Dans l’intime, dans l’histoire personnelle de la personne adulte, le sentiment d’abandon prend sa dimension en générant parfois la violence, la colère, la révolte, le défi pour provoquer, ou, à l’opposé, la retraite, la soumission, l’inhibition. Le sentiment d’abandon est habituellement lié à une expérience douloureuse dont on n’a pas fait le deuil.

Les expériences refoulées pour ne pas ressentir le manque à surmonter
Les souvenirs persévèrent en arrière-plan. Les expériences refoulées sont parfois projetées sur les autres pour éviter de parler de soi et pour ne pas ressentir le grand manque qui est à surmonter. D’autres prendront le parti de « se blinder » et devenir « méchant » pour résister à ce qui fut ressenti comme une agression ou une dépossession de soi.

Tous les mouvements de colère, d’obstination, et toute autre conduite excessive viennent tenter de combattre le sentiment d’inexistence que lui communique son parent par ses « absences ».

Le sentiment d’abandon refoulé agit comme une emprise
Le souvenir d’un abandon mal vécu, non surmonté ou refoulé dans la petite enfance a des répercussions à l’âge adulte. La manifestation d’une dépendance extrême invite à se livrer à toutes sortes de concessions dévalorisantes, sous la contrainte des menaces intériorisées que lui ont fait subir l’angoisse.

L’abandon fait craindre l’engagement
À l’inverse, la même expérience d’abandon peut l’inciter, au niveau inconscient, à ne pas s’engager, sous l’emprise de la peur de revivre ce drame. Ne voulant dépendre de personne, ce sera sa façon d’éviter l’abandon, mais aussi fréquemment toute relation à l’autre.

Des conduites excessives de protection
Par souci de protection, en défense par rapport à son vécu, il pourra s’engager dans des conduites excessives de protection. Ainsi une maman prise par les angoisses de l’abandon réel dont elle, petite fille, aura été soumise choisira, à son corps défendant, de ne jamais s’opposer à son petit.

Les interprétations d’événements se font à la lumière du passé
Réactualisé à l’occasion d’un événement déclencheur, il ranime une sensation que l’on aura connue lors d’un événement angoissant. Les interprétations d’événements présents se font souvent à la lumière du passé. Notre vision du présent est influencée par la mémoire de souvenirs qui nous auront plongés dans le noir de l’oubli et qui en se réactivant nous plonge à nouveau dans le désespoir.

Les réminiscences provoquent un état de tension
Craintes, appréhension, désarroi, vestiges du passé sont ressuscités. L’expérience qui se rejoue devant nous provoque un état de tension bien réel. Cette émotion non-anticipée influence les perceptions à tel point de nous faire croire par le biais de notre sensibilité à notre calvaire renouvelé.

Revivre le passé pour l’accepter et le dépasser
L’individu conserve une empreinte inconsciente qui s’extériorisera à son insu par des conséquences inattendues dans ses relations. Ce qui a été ressenti et subi est bien réel pour celui qui l’a vécu. La souffrance émotionnelle peut s’amplifier si un déni s’y oppose. Malheureusement, la nécessité de cette souffrance s’enracinera comme pour prouver  qu’elle doit être reconnue. Pourtant, elle peut être source de création et une occasion de maturer.

L’intégration, la pierre d’assise de la thérapie du tunnel
En dressant un pont entre le passé et l’avenir, le deuil des attentes fera fructifier l’espoir : en permettant l’expression, soit dans un groupe de parole, soit dans une démarche individuelle, l’articulation de l’expérience induira une maturité souhaitée. L’événement original devrait pouvoir, avec le temps, être traduit de façon positive. Le récit de vie est ciblé: question de l’assimiler, celui qui l’intègre dans son histoire personnelle s’enrichira en redonnant du sens à son expérience. 

La santé émotionnelle s’améliore
La prise de conscience aura lieu quand un phénomène inconscient, devenu conscient, est « pris en charge », en s’intégrant au MOI pour renforcer l’individu. Quand l’individu met à jour ses conflits intérieurs au lieu de les nier ou de les refouler…d’importants fragments de personnalité sont récupérés et la santé émotionnelle en bénéficie. Évacuer la charge somatique permet à l’état de stress actif dans le système nerveux de se dissoudre. De plus, la prise de conscience réussie conduit l’individu vers de nouvelles actions, vers de nouvelles libertés. 

Message de Lorraine Loranger
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dimanche 26 janvier 2014

La leçon de l'huître perlière donne une vision différente de la santé mentale

         La leçon de l’huître perlière
Comment l’huître s’y prend-elle pour fabriquer une perle?
Tout d’abord, c’est un grain de sable qui est tombé dans sa coquille.
Ce grain de sable représente une difficulté pour l’huître; il l’irrite,
C’est alors qu’elle se met à secréter cette matière spéciale,
Qui enveloppera "sa difficulté".

             (oeuvre inconnue, mais appréciée)

Accepter qui l'on est 
À 53 ans, Laurent a le goût de travailler activement à son rétablissement. Il s'investira tout au long de sa démarche pour accepter qui et ce qu'il est.

Le premier rapport que j’ai avec Laurent est positif. Il a non seulement réussi à survivre à un passé douloureux, il a été un membre actif de la société et à sa mesure, il l’est encore par le biais du bénévolat.  Sa vie avec ses histoires d’amour, ses continuelles difficultés dans la jeune vingtaine pour se sortir de son village natal, sa lutte pour se défaire de la secte dans laquelle il a été pendant 12 ans, son lien indéfectible à sa fille en dépit de tous les écueils reliés à son rôle de père, restent dans l’ombre de son cœur fermé. Il a de la difficulté à se reconnaître, et, quand une personne le fait, il a tendance à le balayer du revers de la main. 

Créer un pont entre deux humains
Au fil des entrevues, il devient moins blindé, moins endurci. Il enlève sa casquette quand le sujet lui semble digne d’attention. C’est un repère important. Sa gestuelle devient plus ample, il est sur le mode partage davantage qu’à nos débuts d’entrevues. Il a les yeux brillants quand il est intéressé. Il me parle de Tom Waits, me parle de son langage musical engagé. J’ai l’impression que c’est lui qui se construit au fur et à mesure qu’il partage. C’est une « rencontre ».

Une quête d'identité suite à un diagnostic
Laurent a décroché à force d’échecs. Débute alors la transition d’une vie vécue au niveau social et culturel à une vie plus intérieure. C’est un changement dans l’échelle social. Il amorce une quête d’identité. C’est la ligne de démarcation entre une vie réussie et ce qu’il appelle « une petite vie ». Ce passage obligé bouleverse sa vie. Selon ses dires, la société n’encourage pas du tout cette étape parfois nécessaire.

Selon la lettre ouverte rédigée le 29 janvier 2014 par Hélène Fradet, directrice générale de la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale (FFAPAMM), "Les enjeux sont grands. Aujourd’hui, les problèmes de santé mentale touchent 20% de la population et affectent 80% des Québécois qui, un jour ou l’autre, auront à côtoyer un proche atteint de maladie mentale".

Modifier les conditions de vie 
Avec Laurent, laisser une empreinte « de mon profond respect pour ses capacités intellectuelles et cognitives », passe beaucoup par la confirmation des différentes facettes qu’il me montre, et qui peuvent l’édifier. Tout au long des rencontres, je reviens sur ses façons de faire, son adaptation, sa manière de voir et d’agir qui souligne son esprit inventif et original en questionnant comment il a fait pour développer les qualités nécessaires pour altérer et modifier ses conditions de vie. Comment s’y est-il pris pour surmonter sa peur d’aller à l’encontre du conformisme existant dans le domaine du bâtiment? Et que dire de celui de se  défaire d’un endoctrinement (secte) auquel peu de personnes peuvent résister? Il s’agit donc de reconnaître les patterns dans les perceptions, les croyances et les comportements et d’honorer ce qui ne demande qu’à s’exprimer. 

Réviser ses croyances
Laurent est entravé par des croyances qui font la promotion du consensus. L’amener à remettre en question ce schéma, tout en évitant d’entrer trop en confrontation avec lui demande d’être consciente de ses accès « cognitifs » qui peuvent l’amener à changer ses constructions consensuelles. En lui présentant des critères singuliers de ce qu’il conçoit être « le réel » qui peuvent lui être profitables, de « nouvelles significations » sont susceptibles de naître dans le contexte relationnel.  Cet échange potentiellement productif dans le sens d’orienter vers une nouvelle vision de lui-même et des autres vivant ou ayant vécu différents problèmes doit passer par son filtre de crédibilité. 

De nouvelles possibilités peuvent éclore
Je tente de lui insuffler des données dont il peut s’inspirer pour apporter des changements à certaines parties ternes de sa vie. Je crois fermement que c’est en exploitant le potentiel de croissance de l’individu par le langage des relations que de nouvelles possibilités peuvent éclore.  Laurent est libre d’accepter ou non ce nouveau discours.  L’aspect novateur de ce discours pour le construire consiste à faire co-exister une signification alternative plausible pour dénouer une impasse émanant des diverses influences inhérentes à plusieurs organisations dans notre société. 

La perspective de changer un système de représentations prend pour base la relation entre les termes. Foucault explique que l’instrument pour la transmission de toute connaissance est le langage. 

Les rapports entre l'individu et la société
Chercher les liens entre des manières de réfléchir et la manière dont les personnes transmettent leurs réflexions aux autres sur différents sujets montre la nature des rapports entre l’individu et la société. Les éléments signifiants, tels le soi et la quête de sens ainsi que le comportement culturel  sont déterminés par la langue que la personne parle. Le signe ou le symbole n’est donc pas arbitraire.

La santé mentale, une manière de sauvegarder l’identité
Laurent est dur avec lui-même mais également avec toute personne qui vit des problèmes de santé mentale. Il dit ne pas se reconnaître dans les personnes qu’il côtoie en santé mentale. Un jour il me parle de "la folie" d’un homme ayant revêtu une tenue d’hiver alors que nous sommes à la mi-octobre. Selon d’autres éléments qu’il m’a racontés, je me dis que cela représente probablement une des seules véritables libertés qu’il se donne. Alors qu’il décrit la folie de l’homme auquel il a référé plus tôt en englobant des descriptions d’autres personnes qu’il fréquente, je lui soumets un autre regard en lui disant que j’ai lu ce qu’en écrivait Alexis Nouss, un anthropologue connu. Celui-ci a déjà déclaré « que la maladie mentale, loin d’être un symptôme d’aliénation, représente une manière de sauvegarder l’identité».

Plus tard, lors d’un autre entretien, il le reprendra à son compte en s’appropriant  les propos de Nouss en parlant de lui-même: 

« S’il est vrai que la maladie mentale, c’est une façon de protéger son identité… ce doit bien être parce qu’il a fallu le faire ».

Et alors qu’il donne une formation dans un espace de bénévolat, il me raconte plus tard qu’il en a fait part  aux participants. L'approche narrative lui convient.

La « maladie mentale » a été un point tournant pour lui : son expérience de la maladie mentale a miné sa confiance en ses capacités d’être avec autrui. À mi-temps de sa vie, Laurent a dû quitter pour s’aimer, un travail, des êtres chers et bien des choses qui étaient sans doute douces à aimer et qu’il a perdu, ayant été longuement blessé par elles bien avant de les perdre. Les années ont peu à peu refermé les blessures, mais le corps et le cœur n’y sont pas pour refaire ses forces vives.

Faire pression aux « poussées extérieures » via l’ajout d’informations nouvelles  est un acte délicat. Mais introduire de nouvelles informations, de nouvelles connaissances répond à son modèle cognitif. 

La dépression est une remise en question
Pour Laurent qu’une profonde dépression a terrassé et déstabilisé, c’est une remise en question, c’est une interrogation sur le sens de la vie et sur ce qui donne sens de même qu’une incursion dans un mieux être salutaire. On peut sans aucun doute parler de la mésadaptation comme une source de croissance (Dabrowski, 1982). Même s’il ne se reconnaît pas parmi d’autres vivant des problèmes de santé mentale, deux événements démontrent non  seulement son ouverture, mais son engagement envers les personnes et peut-être bien le « moment d’exception » que son « récit de vie » a créé.

« Il serait peut être intéressant de documenter la vie que j’avais …même si son sens se situe encore dans une zone grise… »

À travers ses actions, Laurent exprime son besoin d’être avec d’autres, ce qu’il ne reconnaît pas volontiers.

Les métaphores employées par Laurent :
« À un moment donné, j’avais dit à mon psychiatre… « Pour moi…dans ma tête à moi, de la manière que je vois cela, je me suis dit : « Je me suis embarqué sur un bateau qui n’a plus de gouvernail et qui n’a plus de mât.  Il n’a plus rien qui avance, plus rien qui va nulle part, il n’a plus de raison.  Le mât, les voiles, c’est la passion, c’est l’amour. Le gouvernail, c’est la raison…plus de vent, plus  de vent…plus rien qui le pousse. Puis il est là, un va pas sans l’autre, ça prend les deux ». 

Le psychiatre m’a donné plus de pilules. À un moment donné, ça fait partie de mes démarches. Ça ne me servait à rien de voir un psychiatre. À un moment donné, tu passes au travers toute sorte de réflexions, d’étapes et je me dis que c’est pas en psychiatrie que je vais trouver de l’aide ».
        
Laurent est un homme qui a beaucoup travaillé sur lui. Depuis des années, il s’outille en travaillant bénévolement sur des tables de concertation en santé mentale.  Ayant vécu la « contention » lors d’une première crise alors qu’il était en dépression, il reconnaît maintenant le pouvoir pour ce que c’est. Le spécialiste ne peut que lui donner des médicaments alors que ce que Laurent cherche à exprimer c’est plutôt son manque de direction depuis qu’il a perdu son travail, sa famille et tout le reste.  Le psychiatre ne répond pas aux attentes de Laurent, pourtant il détient un pouvoir de savoir. Le diagnostic de Laurent semble le maintenir en infériorité.

Lorsque je lui demande s’il croit que la réparation des blessures subies est possible, il répondra en deux parties : 

« Mon sentiment, c’est qu’à douze ans, tu peux pas réapprendre.  Pour réapprendre, ça prend de la maturité nécessaire pour être capable de t’évaluer avec les…tu peux réapprendre, mais plus tard. T’as plus confiance…à douze ans, tu fonctionnes sur un programme…t’es programmé. Quelqu’un va essayer de changer ton programme. Dans le fond, ça vient pas de toi, là. Tandis qu’à un moment donné, si tu entres en démarche, tu as 40-45 ans. Là, tu te dis, il y a des trucs qui fonctionnent pas. Dans le fond, ce que tu réussis à faire, tu réussis à le faire sur le plan cognitif. Tu réussis pas à modifier la personne que tu es. Ce que tu fais, c’est que tu réussis à l’accepter, à dire : « Elle est comme ça, cette personne. Moi, je suis comme ça, j’ai des impulsions, comme telles, j’ai des tendances comme…Là, ce que tu fais, c’est que tu t’adaptes, tu adaptes les comportements que tu as. 

(En admettant que l’on place l’enfant dans un autre environnement, Laurent commente ainsi) :

La différence, oui, c’est que le changer d’environnement, ça peut donner des résultats. Dans le sens que, là, tu vas aller le chercher, ce bonhomme là, sur le plan affectif. Tu vas pas aller le chercher sur le plan intellectuel.  Il va se dire : « Ce monde-là, y a pas l’air à me vouloir du mal, je vais essayer de faire quelque chose ». Ça vient pas du tout du jeune. C’est ça la différence ».

Le repli sur soi occasionne une grande solitude
Laurent raconte les expériences de sa vie et parle de ses blessures comme si elles étaient extérieures à lui. Il se compte chanceux d’avoir une intelligence cognitive qui l’a peut être sauvée. Son regard sur lui-même fait qu’il considère que son ultime faiblesse ne regarde que lui. Je me dis que c’est un homme avec une grande sensibilité, mais que le même détachement qu’il utilise pour ne pas souffrir est ce qui l’isole des autres et occasionne par la même occasion un repli sur soi quand il s’agit de relations interpersonnelles. Il vit une grande solitude.

Tout en recherchant un consensus qui vise à le soustraire à un diagnostic qu’il a de la difficulté à accepter, il veut qu’on le reconnaisse.  Mais il demeure inaccessible avec son langage qui juge facilement et sa manière de voir l’autre. Il a endossé la définition de « l’étrange »  par rapport à la santé mentale. Il ne se reconnaît pas dans les personnes qu’il côtoie en santé mentale. Tout en se définissant comme un être plus intelligent que la moyenne, il fait preuve de soumission à l’endroit de son diagnostic.

On dirait tout le temps qu’il tente de trouver « les malades ». Dans son modèle de déficience, il se sent facilement désarmé. Il regarde tout le monde et lui-même à travers cette lentille de ce qui est normal et ce qui ne l’est pas.

« Avec les autres, (en parlant des frères de sa mère) ..Raymond…est déconnecté lui aussi. À un moment donné, il vivait sur la pourvoirie de Robert. Mon père est allé à  la chasse, il l’a vu…les cheveux et la barbe jusque là…pareil à un vieux hippy. Il gossait sur un bout de bois, il est déconnecté….Il est déconnecté, il est renfermé…dans le bois. C’est du monde qui sont pas adaptés dans les termes qu’on entend. C’est du monde de bois. S’ils vont dans le bois, c’est parce qu’ils ont de la misère…vont pas chercher à fonder des familles. Je suis pas tout à fait sûr…peut être que sur le plan affectif, ils ont pas développé des habiletés.  Moi-même, j’ai pas développé d’habiletés beaucoup. J’ai fait un travail pour arriver où c’est que je suis…j’ai bien l’impression que de toute façon…sur le plan affectif, c’est plus difficile de développer des aptitudes que sur le plan cognitif. À un moment donné, c’est comme…C’est creux ».
« Sur le plan cognitif, tu peux t’organiser d’une façon…c’est plus rentable, d’une manière. Sur le plan affectif, …tu peux adopter de nouveaux comportements, des raisons pour les adopter, mais sur le plan affectif, c’est comme…je le sais pas. Une personne qui garde ses sentiments par en dedans…elle peut dire qu’elle va essayer  d’en parler, mais ça ne change pas les sentiments. Il faut comprendre aussi que les émotions là, il peut y avoir certains avantages à les partager, mais c’est pas toujours le cas ». 

L’acteur n’est jamais dissocié du groupe social auquel il appartient.  En me parlant de son milieu, de sa ville natale et de sa difficulté à en sortir, il évoquera pour la première fois le petit garçon qu’il a été dans l’enfance et qui ne s’est pas senti reconnu par ses parents quoique ceux-ci reconnaissent les enfants des autres.

« Comme par exemple, une fois, je me rappelle…ça fait pas si longtemps que …ma mère, elle voit son médecin.  Elle dit à son médecin qu’elle a quatre gars.  Fac, là, son médecin lui dit « Vous devez être grand-mère pas mal de fois ».Elle dit : « Non », elle dit : « J’ai juste une petite fille ».  « Comment ça se fait? Qu’est-ce qu’ils font vos gars? » « Ils devraient avoir des enfants. Les gars, là, sont pas en shape pour faire des grosses familles, tu sais. Ils en arrachent avec eux-mêmes ». 

Un tel travail se fait suite à une analyse de la situation, de soi et de son expérience au regard des perceptions d’autrui en la personne du médecin et de sa mère. À l’issue de cette prise de conscience, Laurent amènera tout de même une distinction importante visant la réconciliation avec ce dur passé.


Il y en a qui sont battus, il y en a qui sont maltraités. Personnellement, je n’ai pas été maltraité physiquement.  J’en ai connu qui ont été maltraité physiquement ».

Cité de « Coupé de soi, coupé des autres : comprendre autrement », Lorraine Loranger, 2008 (ISBN : 978-2-981037-329)

« Avec les autres, (en parlant des frères de sa mère) ..Raymond…est déconnecté lui aussi. À un moment donné, il vivait sur la pourvoirie de Robert. Mon père est allé à  la chasse, il l’a vu…les cheveux et la barbe jusque là…pareil à un vieux hippy. Il gossait sur un bout de bois, il est déconnecté….Il est déconnecté, il est renfermé…dans le bois. C’est du monde qui sont pas adaptés dans les termes qu’on entend. C’est du monde de bois. S’ils vont dans le bois, c’est parce qu’ils ont de la misère…vont pas chercher à fonder des familles. Je suis pas tout à fait sûr…peut être que sur le plan affectif, ils ont pas développé des habiletés.  Moi-même, j’ai pas développé d’habiletés beaucoup. J’ai fait un travail pour arriver où c’est que je suis…j’ai bien l’impression que de toute façon…sur le plan affectif, c’est plus difficile de développer des aptitudes que sur le plan cognitif. À un moment donné, c’est comme…C’est creux ».
« Sur le plan cognitif, tu peux t’organiser d’une façon…c’est plus rentable, d’une manière. Sur le plan affectif, …tu peux adopter de nouveaux comportements, des raisons pour les adopter, mais sur le plan affectif, c’est comme…je le sais pas. Une personne qui garde ses sentiments par en dedans…elle peut dire qu’elle va essayer  d’en parler, mais ça ne change pas les sentiments. Il faut comprendre aussi que les émotions là, il peut y avoir certains avantages à les partager, mais c’est pas toujours le cas ». 

L’acteur n’est jamais dissocié du groupe social auquel il appartient.  En me parlant de son milieu, de sa ville natale et de sa difficulté à en sortir, il évoquera pour la première fois le petit garçon qu’il a été dans l’enfance et qui ne s’est pas senti reconnu par ses parents quoique ceux-ci reconnaissent les enfants des autres.

« Comme par exemple, une fois, je me rappelle…ça fait pas si longtemps que …ma mère, elle voit son médecin.  Elle dit à son médecin qu’elle a quatre gars.  Fac, là, son médecin lui dit « Vous devez être grand-mère pas mal de fois ».Elle dit : « Non », elle dit : « J’ai juste une petite fille ».  « Comment ça se fait? Qu’est-ce qu’ils font vos gars? » « Ils devraient avoir des enfants. Les gars, là, sont pas en shape pour faire des grosses familles, tu sais. Ils en arrachent avec eux-mêmes ». 

Un tel travail se fait suite à une analyse de la situation, de soi et de son expérience au regard des perceptions d’autrui en la personne du médecin et de sa mère. À l’issue de cette prise de conscience, Laurent amènera tout de même une distinction importante visant la réconciliation avec ce dur passé.


Il y en a qui sont battus, il y en a qui sont maltraités. Personnellement, je n’ai pas été maltraité physiquement.  J’en ai connu qui ont été maltraité physiquement ».

Cité de « Coupé de soi, coupé des autres : comprendre autrement », Lorraine Loranger, 2008 (ISBN : 978-2-981037-329)


Message de Lorraine Loranger
Dans une société qui confond vitesse et résultats, ceux qui apprennent à ralentir vivent mieux le présent dans toute sa capacité. Ma pratique propose plusieurs ateliers pour la gestion de stress: apprivoiser le récit de vie, la communication non-verbale et prochainement la relaxation sensorielle avec 16 thèmes différents sont parmi les plus utiles. Des conférences sur la gestion de stress sont disponibles sur demande.

Commencez chaque journée comme étant une nouvelle journée, trouvez votre destinée, croyez en qui vous êtes et en qui vous voulez devenir.

Créez la vie que vous désirez. Commencez votre trajet avec une démarche puissante en possibilités...celle d’une nouvelle vie…la vie que vous voulez…retrouvez votre pouvoir  pour prendre en charge votre destinée. 

Merci de soutenir la mission éducative de Lorraine Loranger en transférant ce communiqué à vos contacts intéressés.